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La doyenne du bac est Vauclusienne
Publié le samedi 7 juin 2008
Monique Vinson, bientôt 64 ans, avait arrêté l'école avec un CAP d'aide-comptable il y a 47 ans
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À l'école Les Cigales, Monique Vinson, qui a fait tout une carrière de comptable et coule sa retraite au Pontet, révise son bac série Sciences et techniques de gestion.
Photo Valérie Suau
Un piano dans l'entrée, quatre tables pour la restauration des élèves, un grand jardin fleuri, une ambiance feutrée et famille, le local de la rue Meyne-Claire à Orange n'a rien d'un lycée.
Dans la salle de classe exiguë, trois élèves bachotent. L'une d'entre eux tranche par ses éclats de rire décomplexés, privilège de son âge.
À bientôt 64 ans, Monique Vinson est la doyenne des candidats français au bac 2008.
Mercredi, le ministre a révélé son existence et les media se sont saisis de ce bon sujet. Hier matin, elle avait déjà reçu huit coups de fil.
"Je ne cherche pas la notoriété, en fait c'est pour donner un coup de pouce à l'école Les Cigales que j'accepte les interviews." Monique ne serait peut-être pas allée étudier ailleurs que dans cette école hors contrat d'association. "À mon sens, le hors contrat n'est pas apprécié à sa juste valeur. On ne voit pas que notre pédagogie individualisée correspond à un besoin dans certaines situations", plaide Mireille Lagueny, directrice de cette école ouverte depuis 1965.
La doyenne fait partie de cette catégorie. Elle a arrêté l'école sur un CAP d'aide comptable et un brevet de secrétaire, il y a 47 ans. Entrée dans la vie active, cette Gardoise de naissance a fini sa carrière comme chef comptable du théatre "Les Tréteaux de France", à Paris, dirigé depuis 2001 par Marcel Maréchal. "Treize années fortes." Revenue dans le Sud à l'occasion de sa retraite prise il y a cinq ans, installée au Pontet, elle a fini par réaliser ce qu'elle envisageait depuis longtemps : présenter un bac. "J'ai choisi la série Sciences et techniques de gestion (STG) parce qu'elle est proche de ce que j'ai fait pendant ma carrièrede comptable: droit, économie, mercatique (marketing, ndlr), maths. J'ai toujours été à l'aise avec les maths." Elle a opté pour l'école des Cigales "en raison de la petite taille de l'établissement". Monique savait que cette formule aurait un coût. "L'essence pour les aller-retour à Orange, le repas de midi pris à l'école, les frais de scolarité, cela me coûte environ 500 euros par mois. Il a fallu que je recalcule mon budget", sourit-elle.
Sur un plan intellectuel, il a fallu certes apprendre... à apprendre, méthodologie, mémorisation, plan, rythme scolaire etc. "Mais le plus difficile a été d'oublier la pratique que me suggérait mon vécu pour me plonger dans la théorie." Les trois élèves du groupe avaient un projet de mercatique à mener sur un cas concret, une ouverture d'une épicerie fine à Orange, qui sera soutenu en oral mercredi, coefficient 5. "Monique prouve que c'est faux de dire que, passé un certain âge, l'adulte n'a plus assez de facultés intellectuelles", insiste la directrice.
Depuis septembre, la doyenne a rythmé sa vie sur ce bac. Elle s'est mise à la philo, à l'espagnol, aux textes du XVIe siècle, domaines qu'elle n'avait jamais abordés. "Les coups de fil de la presse ont fait naître un peu de stress. Mais ce qui est important, c'est que mon fils m'ait dit que c'était très, très bien ce que je tentais."
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